3 points de différence :

  • Le polyamour n’est pas défini par la forme qu’il prend : On peut vivre seulE, en couple ou en ménage à trois ou plus et être également l’un des partenaires d’un « nuage »[1] polyamoureux, on peut également choisir de se définir en couple individuellement avec chacun de ses partenaires, c’est-à-dire être membre de plusieurs couples. Face à cela, la monogamie limite à deux états la situation d’une personne : célibataire ou en couple.
  • Le polyamour n’est pas défini par la sexualité des différents partenaires : Un « nuage » polyamoureux peut comprendre des personnes de sexualités diverses (hétéro, bi, homo…). A l’opposé, la monogamie impose une relation exclusivement hétérosexuelle ou homosexuelle.
  • Le polyamour n’est pas défini par le nombre de partenaires : Non, ça ne commence pas sitôt qu’on compte 3 personnes. De même que la monogamie ne se définit pas par une relation entre 2 personnes. La monogamie tout comme le polyamour sont des états d’esprit. TouTEs deux ne font que devenir factuelLEs dès lors que vous vous engagez avec votre partenaire. On peut ainsi être célibataire et monogame ou polyamoureux, en recherche ou non d’une future relation. Là n’est pas la différence. Mais là où la monogamie reste limitée à 2 partenaires, le polyamour n’impose pas de limite aux personnes.

Comparée aux larges spectres du polyamour (situation, sexualité, nombre), la monogamie est systématiquement binaire : célibat ou couple, hétérosexualité ou homosexualité, zéro ou un partenaire.

Le polyamour permet de se définir comme vivant simultanément dans plusieurs couples différents, il permet également de vivre des relations qu’aucunE des partenaires ne définit comme un couple, plus largement encore : il permet les deux en même temps !

Cas pratique :

Camille aime Chris et Claude quelles relations leur sont possibles dans un pays ou la polygamie n’est pas légale ?

Possibilités monogames :

  • Monogamie assumée : Camille vit une relation avec Chris ou avec Claude mais pas avec les deux
  • Monogamie de façade : Camille vit une relation officielle avec Chris (ou Claude) et une relation cachée avec Claude (ou Chris)
  • Monogamie plurielle : Camille vit ouvertement une relation avec Chris ET une relation avec Claude mais Chris et/ou Claude ne veulent rien connaitre de l’autre relation.
  • Poly-fidélité (ménage à trois ou plus) : Camille, Chris et Claude vivent une relation ensemble. Bien qu’elle comporte plus de deux partenaires comme le permet le polyamour, la poly-fidélité n’est qu’un élargissement du couple au-delà de deux partenaires et est construite sur le même modèle normé. Elle n’induit pas que d’autres relations en parallèle soit envisageables. Par ailleurs elle implique un attrait affectif, sentimental ou amoureux et réciproque entre les trois (ou plus) partenaires que n’implique pas le polyamour.

Possibilités polyamoureuses :

Pour être bien vécu, il est important que l’ensemble des partenaires soit informéEs de la façon dont vous vous définissez avant tout engagement de leur part.

  • Polyamour hiérarchique : Camille vit ouvertement une relation avec Chris et avec Claude, mais l’une des deux relations est prédominante et sa préservation est prioritaire. C’est classiquement le cas d’un couple marié ou pacsé et polyamoureux, mais cet engagement peut rester purement moral entre les partenaires.
  • Polyamour égalitaire : Ici les relations d’une personne sont toutes vécues comme des couples au même niveau d’importance, d’implication et d’engagement.
  • Célibat polyamoureux : Chaque partenaire vit chez soi et ne se définit pas en couple, même s’il peut éventuellement exister une hiérarchie entre les différentes relations.
  • Anarchie relationnelle : il s’agit de vivre ses relations polyamoureuses sur le même modèle que toutes les autres interactions amicales humaines. Ici pas de modèle prédéfini, pas de binarité, il est permis d’être en couple et célibataire et égalitaire affectivement et hiérarchique sentimentalement, ou l’inverse, ou sexuellement, ou tout à la fois.

Les autres articles sur le polyamour

Ci-dessous, deux petits mémos de lecture et un dessin de Kristin Rohwer trouvé sur le web qui m’ont inspiré l’article que vous venez de lire :

Les différentes formes de relations selon l’administration

Lors du recensement national de 2011, en France métropolitaine, parmi les 47,8 millions de personnes majeures, 66,4 % se déclaraient en couple.

  • 72 % d’entre elles étaient mariées et partageaient la même résidence que leur partenaire (de sexe différent).
  • 7 millions étaient en union libre
  • 1,4 million étaient pacsées.
  • 200 000 personnes étaient en couple avec une personne du même sexe, dont 16 % avec une personne ne vivant pas sous le même toit.
  • 4 % ne vivaient pas avec leur conjoint : la moitié d’entre eux avait moins de 30 ans et entre 30 et 59 ans et une personne sur dix ne résidait pas avec son partenaire en l’absence d’enfant commun.[2]

Parmi les 33,6 % de personnes majeures célibataires :

  • 18,4 % étaient en couple mais ne l’étaient plus pendant le recensement
  • 15,2 % ne l’avait jamais été.

Nombre et répartition des personnes se déclarant en couple (2011)

Total des personnes en couple Cohabitant Non cohabitant
Effectifs Part (%) Effectifs Part (%) Effectifs Part (%)
Marié 23 202 000 73,1 23 001 000 72,4 201 000 0,6
Pacsé 1 377 000 4,3 1 354 000 4,3 23 000 0,1
Union libre 7 169 000 22,6 6 079 000 19,2 1 090 000 3,4
Total 31 748 000 100,0 30 434 000 95,9 1 314 000 4,1

Environ 1 couple sur 25 ne vivait pas sous le même toit en 2011 :

Non-cohabitation selon le type d’union

Âge 20-24 ans 25-29 ans 30-34 ans 35-39 ans 40-44 ans 45-49 ans 50-54 ans 55-59 ans 60-64 ans 65-69 ans 70 ans et +
Ensemble 26,8 9,6 4,1 2,7 2,4 2,3 2,1 1,8 1,6 1,3 1,8
Union libre 31,8 16,1 10,1 7,7 8,0 9,0 10,5 9,8 12,0 10,3 13,4
Marié ou pacsé avec le conjoint 3,4 1,7 0,7 0,6 0,6 0,7 0,7 1,0 0,8 0,7 1,4

Plus de la moitié des personnes en couple non cohabitant a moins de 30 ans. Ces jeunes datent leur union de moins de deux ans en moyenne (contre plus de quatre ans pour les jeunes en couple cohabitant) et sont étudiantEs pour un tiers.[3]

Résumé :

Il existe 3 formes de couples considérées par l’INSEE dont 2 garantissent des droits aux partenaires (Mariage et Pacs) et une troisième (union libre) regroupant toutes les autres formes imaginables. A cela s’ajoutent deux formes de cohabitation reconnues (légale et de fait) et la non-cohabitation.

Les données de l’INSEE ne permettent en aucun cas de déterminer quelles personnes sont polyamoureuses ou non. Ces données ne recueillent que la forme et non le fond. Un célibataire peut très bien avoir plusieurs sex-friends ou correspondre romantiquement à distance avec une partenaire. Les 2 partenaires d’un couple vivent peut-être avec une troisième personne en ménage à trois qui aura été désignée célibataire à l’occasion du recensement. Enfin, toutes ces personnes sont-elles exclusives ou non, rien ne le dit.

Les « nouveaux modèles amoureux » des Inrockuptibles

Dans son numéro 862 du 6 juin 2012, le magazine Les Inrockuptibles, consacrait quelques pages aux « nouveaux modèles amoureux ».

Une dizaine de situations étaient présentées.

4 situations proposées dans l’article étaient : le couple gay marié (le mariage pour toutes et tous n’étant pas encore autorisé en France en 2012), le sex-addict (qu’on ne saurait qualifier de « modèle amoureux »), l’amateur de plans-cul et la femme cougar qui n’ont tous 2 rien à voir avec des « modèles amoureux » mais qui sont clairement des pratiques sexuelles.

Les 6 autres situations étaient : le ménage à trois, le polyamour, le couple sans attaches, les amants à longue distance, les sex-friends et la coparentalité.

Notons que parmi ces 6 situations seules 2 d’entre-elles impliquent une cohabitation (ménage à trois et coparentalité) quand 3 autres impliquent une non-cohabitation (longue-distance, sans attaches et sex-friends). Quant au polyamour, il ne se définit pas par la cohabitation ou non des partenaires (ni par le nombre de partenaires) et englobe intrinsèquement ménage à trois et sex-friends du fait de leur non-exclusivité sexuelle.

[1] J’utiliserai, par souci de concision et facilité de lecture, le terme « nuage » pour désigner l’arborescence relationnelle d’une personne polyamoureuse. Par définition le nombre de personnes est variable d’unE individuE à l’autre et varie également dans le temps au gré des nouvelles relations et des ruptures.

[2] INSEE, Guillemette Buisson et Aude Lapinte, division Enquêtes et études démographiques : Le couple dans tous ses états – https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281436

[3] INSEE, Couples et familles Édition 2015 – https://www.insee.fr/fr/statistiques/2017528

Les autres articles sur le polyamour

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