« As long as women’s liberation tries to free women without facing the basic heterosexual structure that binds us in one-to-one relationship with our oppressors, tremendous energies will continue to flow into trying ot straighten up each particular relationship with a man, into finding how to get better sex, how to turn his head around—into trying to make the « new man » out of him, in the delusion that this will allow us to be the « new woman. »  »[1]

Traduction libre : Aussi longtemps que le mouvement de libération des femmes essaiera de les libérer sans affronter la structure hétérosexuelle de base qui nous lie dans une relation de face à face avec nos oppresseurs, des énergies énormes continueront à être dépensées pour essayer de redresser chaque situation particulière avec un homme, a essayer d’avoir une meilleure relation sexuelle, comment le changer pour en faire un « nouvel homme », dans l’illusion que tout cela nous permettrait d’être une « nouvelle femme »

Le polyamour est un prolongement des pensées féministes et lesbiennes

Radicalesbians mettent en lumière l’origine du problème : « Etre liéE dans une relation de face à face », le bonheur de l’individuE dépendant du comportement, du caractère, de la sexualité, des habitudes, du mode de vie, de l’autre individuE. SI la monogamie exclusive n’est pas directement remise en cause, elles en dénoncent pourtant ce qu’elle entraine d’illusoire à vouloir se changer et changer l’autre pour s’adapter au modèle.

Dès lors que l’on vit en couple, on aura à redresser une situation conflictuelle, Des habitudes s’installeront qu’on voudra changer ; pour améliorer notre relation sexuelle, pour que le/la partenaire s’améliore et même pour être meilleurE soi-même. Mais sans ces efforts le couple risque souvent l’éclatement… Ce n’est pas une découverte : pour toutE individuE vivre en couple est une certitude d’avoir à confronter ses besoins à ceux d’unE autre individuE. Ces confrontations, quand elles n’aboutissent pas à un consensus, génèrent la toxine du couple : la frustration.

On nous explique qu’il faut apprendre à gérer ses frustrations et que c’est ainsi que des couples durent longtemps. Qu’en donnant sans attendre rien de l’autre est la plus belle forme d’amour.

Pourquoi pas, après tout rien n’interdit de vouloir vivre une vie entière à accumuler les petites, les moyennes et les grosses frustrations. A les collectionner, à les classifier. A s’en servir pour dessiner un portrait de l’autre. A juger l’autre au travers de ce portrait en négatif et même à le considérer en oppresseur. Pourquoi pas.

Le polyamour c’est la désobéissance civile du couple

Mais pourquoi ? Pourquoi faudrait-il accepter cela ? Le seul objectif est de faire durer le couple. Mais pourquoi encore ? Quelle règle oblige éthiquement un couple à durer ? Quelle logique absurde nous impose d’avoir un mode de vie dont une partie du stress consiste à cumuler des frustrations pour faire durer ce qui les génère ?

Seule la loi nous y oblige. Celle qui a décidé pour nous qu’il n’existe que certains modes de vie légaux. Ceux qu’elle a référencés et qui nous protègerons nous et notre descendance. Tout le reste est qualifié « d’union libre » qui n’offre aucun statut juridique légal mais qui continue à qualifier une forme de couple. En couple ou célibataire, il n’y a pas d’autre alternative prévoyant qu’on puisse avoir une relation amoureuse avec plus d’une autre personne à la fois. Le système est binaire, vous pouvez aimer zéro ou une personne à la fois. Il est prévu d’avoir des amours en série, pas en parallèle[2]. Le parallèle est illégal. N’attendez pas de la norme de monogamie exclusive qu’elle vous dise comment faire. Le polyamour est une faille de son système d’exploitation au même titre que le lesbianisme en était une avant que la loi n’autorise aussi les lesbiennes à se marier.

Le polyamour est un espace de libre expression individuelle

La règle implicite de la monogamie exclusive est : « si quelque chose ne vous convient pas chez l’autre, c’est soit que vous êtes trop exigeantE, soit que l’autre est trop négligeantE ». Dès lors il y en aura toujours unE en faute sitôt qu’on s’éloignera d’un bien vivre consensuel.

S’il y a faute, il y a coupable. C’est ainsi, qu’au fil de culpabilisations successives, le couple vivra difficilement en son sein la simple expression des libertés individuelles.  Rien n’est prévu pour cela par la norme de monogamie exclusive.

 

Les autres articles sur le polyamour

[1] The Woman Identified Woman, By Radicalesbians (As published in Radical Feminism, Anne Koedt, Ellen Levine, Anita Rapone, eds. [Quadrangle, 1973])

http://www.feminist-reprise.org/docs/radicalesbians.htm

[2]Toujours fidèle à sa réputation d’année érotique, c’est en 1969 que fut commercialisé le premier ordinateur qui disposait de processeurs fonctionnant réellement en parallèle.

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