Nous avons principalement un problème de modèle unique ou très majoritaire.

Pour moi, comme pour la plupart d’entre nous, les premières relations amoureuses se sont construites avec l’idée traditionnelle d’exclusivité sexuelle et nous avons grandi dans un contexte où la monogamie était la norme. Nous avons été socialiséEs ainsi et nos premières relations ont débuté souvent encore à un âge où nous n’avions pas ou pas suffisamment été misEs en contact avec des modes relationnels « alternatifs ».

Beaucoup d’entre nous également, n’ont pas échappéE à la culture des contes de fées où la phrase : « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » était la conclusion de nombreuses histoires d’amour. Et nous ne nous sommes jamais vraiment poséEs la question de savoir si ça voulait dire que Blanche-neige et le prince étaient ensuite passé à autre chose qu’une histoire d’amour ou si d’autres protagonistes apparaissaient par la suite pour redonner un peu de dynamique et de souffle à cette fin d’histoire.

Bref, jusqu’au couple avec enfants, tout le monde a eu le plan de montage à portée de main. Idem pour le mode d’emploi : faire entrer de l’argent pour obtenir de quoi faire manger correctement la famille et dormir à l’abri. Pour le reste, c’était à nous de découvrir comment tout ça fonctionne.

Et le reste c’est quoi ? Le reste c’est tout le « vivre ensemble », ce qui n’est raconté dans aucun conte de fées. Comment vivaient-ils ensemble Blanche-neige et le prince ? Quelle était la fréquence de leurs relations sexuelles ? Ils avaient des amiEs qui sortaient avec eux le samedi soir ? Personne ne le dit mais tout le monde le sait : ils se sont débrouillés avec le quotidien, l’éducation des gosses, le ménage et la paie en fin de mois. Comme tout le monde mais avec des moyens princiers.

La monogamie n’est pas pour tout le monde

Si vous êtes comme moi, on a beau aimer la tranquillité, le calme, la bienveillance et la douceur, on aime bien aussi les émois amoureux, les papillons dans le ventre, les frissons et les orgasmes. Et on aime bien varier aussi. Et puis le temps passe et on a un peu le sentiment d’avoir déjà vécu pas mal d’expériences à deux, beaucoup découvert à deux, et peut-être tout aimé de ce qui peut être aimé de son partenaire.

Imaginons : « Un jour Blanche-Neige et le prince #1 invitèrent Cendrillon et le prince #2 pour dîner. Pendant le dîner, blanche neige fut très attirée par l’unE de ses convives. » On fait quoi ?

Aucune des solutions monogames exclusives ne fonctionne. Blanche neige doit refouler ses désirs. Le conte de fées se prolongera peut-être alors par une psychanalyse, nous le saurons dans l’épisode suivant. Fin de l’épisode.

Alors on imagine le conte de fées de science-fiction. Celui où il existerait d’autres possibilités que la monogamie exclusive. Et comme tout le monde, on cherche d’autres modèles autour de soi, on se documente, on discute avec des amiEs. Et on découvre qu’on est pas seulE à se poser les mêmes questions.

Qu’est-ce qu’on ouvre dans la relation ?

Dans mon cas, autant que des frissons amoureux, j’avais envie de sortir prendre l’air toutE seulE, de découvrir de nouvelles choses, de vivre mon expérience propre, d’exister par moi-même, en grande indépendance. J’avais envie de ne pas être redevable, de ne pas devoir me justifier. Mais ce qui est vrai pour moi ne l’est pas pour tout le monde. J’imagine qu’on a peut-être aussi envie de laisser s’exprimer une autre facette de soi-même, celle qui n’existera peut-être jamais si rien ne change. Ou d’épanouir sa sexualité. Ou de rencontrer de nouvelles têtes, découvrir de nouveaux univers.

Alors on a la réponse : c’est toutes ces choses-là qu’on ouvrira potentiellement. Et dire pourquoi serait se justifier auprès des autres et déjà recommencer à considérer que « ce n’est pas normal » ou « pas moral ». Or, comme je l’écrivais en introduction, la norme c’est la monogamie exclusive, il est logique de ne pas correspondre à une norme, de ne pas rentrer exactement dans la case. Une norme n’est pas prévue pour englober toute l’humanité, elle n’existe que pour des raisons de conventions sociales et/ou religieuses. Vous seriez néE dans un pays où la norme est polygame, vous penseriez différemment. Nous ne pensons pas par nous-même mais en fonction de la norme dans laquelle nous avons grandi. C’est quand vous commencez à vous écarter de la norme qui ne vous satisfait pas que vous pensez par vous-même. En quoi serait-il anormal ou immoral de penser par soi-même ?

Vous l’aurez vite compris, l’ouverture d’une relation s’étendra d’elle même, à votre rythme, à d’autres sujets que votre seule sexualité.

 

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