La toute première fois que quelqu’un a témoigné auprès de moi, c’était une copine des Verts qui me racontait en tête-à-tête que Denis lui avait mis la main aux fesses un jour et qu’elle l’avait rembarré immédiatement. Il n’avait pas insisté. C’était en 2010.

La deuxième fois, c’est une autre copine d’EELV qui avait évoqué devant moi et quelques autres qu’elle avait eu une aventure avec lui à une époque où il était installé en couple. C’était en 2012.

La 3e fois, c’est Denis qui, venant de pincer le flan de ma compagne, m’avait dit « Excuse-moi » alors qu’elle avait poussé un cri de surprise. Je lui avait répondu : « Excuse-toi plutôt auprès d’elle ! ». C’était pendant sa campagne des législatives, en 2012.

La quatrième fois, ce fut Isabelle qui m’a raconté le harcèlement de Denis par SMS dont elle avait été victime et comment elle avait fait cesser cela. C’était aux JDE de Marseille, en 2013.

La cinquième fois, c’est une femme qui m’avait expliqué comment, quelques années auparavant, une aventure avec Denis avait faillit mettre fin a son couple et que tout cela était encore -des années après – très douloureux à évoquer pour elle. C’était en 2013.

La sixième fois c’est Sandrine qui avait raconté au petit groupe que nous étions ce soir là, ce qu’elle a confié à Médiapart et France Inter depuis. C’était en 2015.

Toutes les autres fois, avant, pendant, après ces dates n’ont pas été des témoignages directs.

Alors oui, je savais. Je savais que Denis est un goujat, je savais qu’il était un coureur. Je savais que l’on prévenait les femmes qui allaient devoir voyager ou travailler avec lui. Je savais que ses victimes, Isabelle, Sandrine et les autres, avaient vécu ces moments comme des agressions. Je savais donc qu’il était aussi un harceleur.

(note au lecteur : je n’ai aucune raison d’employer le conditionnel ici, sauf à mettre en doute la parole de 6 femmes.)

Il n’est pas anodin de savoir qu’Isabelle s’est confiée à moi alors que notre conversation avait débuté par une remarque de ma part sur les bleus dont ses bras étaient recouverts. J’avais supposé que quelqu’un l’avait frappée… Non, aucun homme ne l’avait frappée (elle pratique le paint-ball…), l’histoire des SMS venait illustrer sa capacité à répondre à un agresseur.

Vous savez de quoi j’ai honte ? J’ai honte de certainEs responsables de mon parti qui eux et elles en savaient encore bien plus que moi. J’ai honte de les lire quand ils disent qu’ils ignoraient l’ampleur du problème. J’ai honte de les lire dire combien Denis est un bosseur, un bon écolo et toutes ces choses qui n’ont rien à voir avec le problème. Ils, elles, continuent à réfléchir comme ils le faisaient quand ils apprenaient les faits.

C’est typique de nos « élites » ça. Ne pas savoir réagir quand ils/elles apprennent qu’ un « historique » est un gros connard par ailleurs. Qu’il s’allie avec l’UMP, qu’il harcèle des femmes ou qu’il fasse pire encore. A chaque fois c’est une dissonance cognitive qui les amène à trancher du mauvais coté et à ne pas réagir.

Je n’ai pas honte de moi. Je n’ai pas brisé de secret que l’on m’a confié. J’ai encouragé les victimes à témoigner. J’ai fais savoir ce que je savais auprès des dirigeantEs d’EELV.

A EELV, je n’ai jamais été en position de pouvoir faire mieux ou plus.

Oui, je savais. Et je n’étais pas le seul. Ça ne me dédouane pas. Ni moi, ni les autres. Mais je suis curieux de savoir ce que les autres ont fait de ce qu’ils/elles savaient.

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