Quelques semaines avant le premier tour des municipales, l’idée d’un remaniement flottait déjà dans l’air, des noms circulaient pour remplacer JM Ayrault, mais rien n’interdisait de penser qu’Ayrault serait tout-de-même reconduit. En fait, tout le monde s’en doutait un peu, selon les résultats de dimanche soir, Ayrault partirait ou pas et le nom de son ou sa remplaçante serait la réponse au scrutin.

A 4 jours du scrutin, le journal Les échos publiait la « short list » des 1er ministrables,[1] selon eux le départ d’Ayrault était devenu « inéluctable ». Il restait alors 5 noms en lice : Valls, Fabius, Le Drian, Bartonole et Aubry.

L’équation à résoudre était alors :

Les électeurs vont sanctionner localement le PS pour la politique gouvernementale menée par François Hollande,
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cette sanction se fera principalement par la droite étant donné qu’elle ne peut se faire entendre suffisamment  haut et fort ni par EELV, parti impliqué également dans le gouvernement, ni par le front de Gauche dont la critique incessante, justifiée ou non, amuse ou agace mais ne convainc pas à elle seule,
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Le/la 1er Ministre devra être le reflet PS de ce vote afin de commencer sa fonction dans une atmosphère favorable

Aubry « absolument pas » intéressée

Fabius « Non merci », « Je suis très bien là où je suis »

Il restait donc le choix entre Le Drian, fidèle à François Hollande[2], Bartolone, ancré à gauche du PS[3] ou Valls, ancré à droite du PS.

Bartolone trop à gauche aurait bénéficié d’une certaine popularité mais, du fait de leurs positionnements respectifs, le Président et le 1er ministre l’auraient vécu comme une cohabitation. Et la cohabitation, c’est souvent pénible quand on est Président.

Le Drian, le notoirement inconnu de l’électorat national, c’était une réponse molle à une sanction forte. Par ailleurs il était parait-il favorable à la nomination de Valls.

Le 26 mars, en conseil des ministres, Cécile Duflot avait déclaré « Le FN grimpe du fait de la désespérance économique et sociale et non de l’insécurité ou de l’immigration »[4] afin de commenter sa décision de ne pas rester au gouvernement si Valls était nommé 1er ministre.

Si François Hollande voulait garder Cécile Duflot, il devait donc nommer Le Drian ou Bartolone. Il verrait également partir Pascal Canfin qui avait déclaré au JDD en août 2013 : « Sincèrement, je ne vois pas comment, si Manuel Valls était Premier ministre, nous pourrions participer au gouvernement. »[4]

Finalement, François Hollande n’a donc pas pu choisir. Il s’est cornérisé tout seul en menant depuis son élection une politique qui l’a conduit à n’avoir aucune autre possibilité que de donner la plus mauvaise réponse possible à son électorat en nommant Valls 1er ministre.

Et quand on voit, comme je le fais ici, les choses sous cet angle, je ne vois pas ce qu’EELV aurait eu à gagner à participer à un gouvernement de dernier recours de la politique socio-libérale qui tente de survivre aux crises planétaires (écologiques, financières, démocratiques) qui bégaient.

 

« Hollande ayant fait la preuve de sa radicale indifférence à l’écologie, les Verts, dans un sursaut de lucidité, ne souhaitent pas être associés au désastre qui s’annonce. » comme le dit ici Daniel Schneidermann

 

[1] http://www.lesechos.fr/economie-politique/politique/actu/0203399397011-remaniement-la-liste-des-pressentis-pour-matignon-659896.php

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Yves_Le_Drian

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Bartolone

[4] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/coulisses/2014/03/26/25006-20140326ARTFIG00267-duflot-a-valls-si-tu-es-nomme-a-matignon-je-m-en-vais.php

[5] http://www.lejdd.fr/Politique/Actualite/Canfin-La-vraie-victoire-des-lobbies-serait-le-depart-des-ecologistes-du-gouvernement-625086

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