Hier soir j’ai eu une petite conversation avec un jeune homme de 19 ans.

Lui : « Les fachos, ça n’a pas de visage, et ça n’a pas de couilles. »

Moi: « Oui, c’est exactement à ça qu’on les reconnaît. C’est même l’avenir qu’ils proposent à notre pays. Plus personne n’aura de visage ni de « couilles » s’ils ont un jour le pouvoir. Sinon évite de dire « pas de couilles » le courage ne se situe pas là. 🙂

Lui : C’est juste une expression. ^^

Moi : Voilà. Mais si on combat sur leur terrain, faut pas utiliser leurs armes. Comme par exemple le sexisme ordinaire qu’on a par habitude. Un truc dont on fait plus gaffe.
Non, il faut que nos armes soient celles du monde que l’on souhaite, pas du leur, tu vois ?

Ce matin j’ai lu un portrait de Christophe Najdovski, le candidat à la maire de Paris pour EELV dans Libération. (Je précise que je soutien Christophe, et qu’en dehors de ce que je vais pointer, j’ai beaucoup apprécié cet article).
On peut y lire ceci, je vous met en évidence ce qui me gène :

« Bernard Jomier souligne, lui, «la force tranquille» du candidat. «Face à deux candidates qui multiplient les affrontements politiciens stériles, Christophe est peut-être le candidat le plus féminin de cette campagne. C’est une personne d’une grande douceur. Christophe est un élu qui a choisi de s’occuper des enfants. C’est assez rare pour être souligné. Souvent, et c’est malheureux, les postes à la petite enfance restent dévolus aux femmes, les hommes politiques préférant l’urbanisme et l’aménagement du territoire. Mais Christophe n’est pas comme ça. Il n’appartient pas à la meute politique.»« 

Christophe et Bernard, ne sont pas des héraults de la lutte contre les stéréotypes. C’est mon combat personnel, mais c’est aussi l’un des combats d’EELV, mon parti politique. Et comme la veille j’avais dit au jeune homme qu’on ne combat pas un adversaire en utilisant ses armes, je redis à Bernard : « Ne faisons pas campagne en perdant de vue ce que nous sommes et quelles sont nos luttes et nos armes. »

Oui, ce n’est qu’une expression, oui elle semble positive, mais si Christophe avait été une femme face à deux hommes, s’il s’était occupé de sécurité ou d’économie, Bernard aurait-il osé dire : « Elle est peut-être la candidate la plus masculine de cette campagne, C’est une personne d’une grande sévérité. C’est une élue qui a choisi de s’occuper de sécurité. » ?

J’entends déjà les critiques de mon choix du mot « sévérité » comme antonyme de douceur. Je vous renvoie à sa liste d’antonymes

Bref, c’est un petit incident et il vient d’un homme, Bernard Jomier, que je ne soupçonne absolument pas de sexisme, au contraire. Je lui dit simplement ce que je me dis quotidiennement : « évite les petits écarts d’inattention », ils sont parfois contre-productifs.

Pour appuyer le propos, le même Libération, le même jour, publiait un article « Qui a peur de l’égalité entre les sexes ?« où l’on peut lire :

« Cette hiérarchie a produit un ensemble de normes pour se justifier elle-même : les femmes seraient destinées à rester dans l’espace privé, elles seraient douces et aimantes, elles seraient facilement influençables, elles auraient l’esprit pratique et non théorique. Les hommes seraient alors supposés être l’inverse et par un tour de passe-passe, cette complémentarité est présentée comme nécessaire à l’équilibre social, puisque naturelle. Or, il ne faut pas oublier que le terme «complémentarité» n’a jamais été un synonyme d’égalité : les enfants de huit ans savent que si 8 et 2 sont complémentaires à 10, 8 et 2 ne sont pas égaux !« 

Si nous disons que nos adversaires n’ont pas de couilles, si nous disons que nos candidats sont les plus féminins parce que les plus doux, nous abandonnons sur le bord du chemin l’un de nos combats quotidiens. Et pas l’un des moindres : la lutte contre le sexisme, celui qui voudrait que les femmes restent au foyer pour s’y occuper des enfants.

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