Dans le cadre de son mémoire de fin d’études une étudiante m’a posé quelques questions sur mon parcours et ma vision de l’écologie politique. Voici sa retranscription de notre entretien.

Quelle est votre expérience avec l’écologie  ?

Je suis venu à l’écologie politique, c’est-à-dire j’ai adhéré chez les Verts en 2006, à la fin de l’année 2006, donc ce n’est pas très vieux, sachant que dans mon parcours précédent j’ai commencé à militer à 14 ans, j’en ai 51 aujourd’hui, mais je militais à la fédération anarchiste, donc j’ai toujours été politisé mais je suis arrivé à l’écologie politique en 2006. J’étais à l’époque président d’une association de parents d’élèves et j’ai côtoyé un des représentants du conseil général des Hauts de Seine, le seul élu écolo des Hauts de Seine d’ailleurs, Vincent Gazeilles, qui était au conseil d’administration du collège où j’étais. Donc par un contact trimestriel, on se voyait quatre fois par ans lors de ces trucs-là, j’ai pu apprécier la personne et les valeurs qu’il portait, ce qui m’a amené à adhérer moi-même. Et très vite en fait, j’ai milité une année comme simple militant, et il y a eu des élections municipales en 2008, et j’étais sur la liste municipale. Je me suis retrouvé très vite élu local, et puis secrétaire du groupe local des Verts. C’était un tout petit groupe à l’époque que j’ai fait grandir, même plus que quadrupler, et en même temps je m’engageais auprès des instances internes du parti, le conseil départemental. En 2009 je suis devenu porte-parole des Verts Hauts de Seine, et puis en 2010 il y a eu la campagne régionale, et là j’ai quitté ma petite vie et ma famille pour quelqu’un et je suis venu m’installer à Paris. Entre temps je suis devenu conseiller fédéral des Verts, enfin d’abord des Verts puis d’Europe Ecologie les Verts, et depuis février dernier je suis porte-parole parisien du parti et toujours conseiller fédéral. Donc mon parcours auprès des Verts est un peu rapide, mais c’est un parti qui permet ça car il a encore une structure qui n’est pas trop pyramidale, ce qui permet à un simple militant, ou militante évidemment, de côtoyer très rapidement des élus ou le ou la secrétaire national qui sont d’un contact très simple. Ce qui ne se passe pas comme ça dans les autres partis, j’ai discuté avec un militant PS par exemple, moi j’ai le 06 de Cécile Duflot, Pascal Canfin, d’un paquet de députés et je suis militant depuis peu de temps et je suis que porte-parole d’une ville. Au PS c’est loin d’être le cas pour beaucoup de militant. Donc la hiérarchie existe et elle est nécessaire mais c’est un parti qui fonctionne très transversalement où chacun peut exprimer ses idées, elles seront entendues ou pas, ça c’est un autre problème, mais en tout cas il n’y a pas de restriction à la parole de la base vers le haut et c’est ce qui me plaisait aussi dans ce parti.

Et vous avez dit que vous avez adhéré grâce aux valeurs portées par Vincent Gazeilles, quelles sont-elles ces valeurs ?

C’est un homme rare je dirai parce qu’il a une très grande éthique. Il travaille, il est informaticien je crois, il travaille à mi-temps de façon à dégager du temps pour être conseiller général. Il est conseiller général Vert dans les Hauts de Seine, là où la gauche est minoritaire et là où il est le seul représentant écologiste. Donc il est vraiment ultra minoritaire dans une minorité. Il a une capacité de travail effarante. A chaque réunion du conseil général, il a un document épais comme un bottin à lire pour toutes les décisions qui vont être prises et il s’y plonge complètement, il décortique tout ça. Avant de voir le bourreau de travail que c’était, j’ai pu l’apprécier au sein du conseil d’administration de l’école et je le voyais suivre les dossiers qui étaient étudiés en conseil d’administration. Bon ce n’est pas des dossiers énormes, mais c’est des financements de salles de cours, de matériel, de choses comme ça, et donc promettre des choses, tenir ses promesses et suivre les choses après. En même temps, ce n’est pas quelqu’un qui a une volonté de poursuivre….il en est à son deuxième mandat de conseiller général, il a fallu le pousser pour qu’il se représente au deuxième mandat. Pour lui ce n’était pas forcément légitime de cumuler dans le temps. Il est en même temps élu local à Clamart là où j’étais moi-même élu local, et il n’est que simple conseiller municipal : il a n’a pas voulu alors qu’il aurait pu être président du groupe. Il pourrait s’engager dans le parti, dans les choses mais c’est un homme qui ne cumule pas, qui fait une tâche, qui la fait très bien et qui la fait avec sérieux. Et qui est un vrai écolo, il vit vraiment…il circule à vélo, il va de Clamart à la Défense à vélo, enfin c’est impressionnant quoi, c’est un homme bien. C’est quelqu’un qui vit en accord avec lui-même et ça me plaisait bien, enfin ça m’a attiré. J’avais travaillé moi-même 16 ans à l’assemblée nationale et je n’avais jamais côtoyé de personnage politique qui soit aussi proche des valeurs qu’il défend. Il défend l’écologie et il est écologiste, il applique au plus près possible le programme et les valeurs qu’on défend.

Vous, d’où est-ce que ça vient cette envie de s’engager ?

J’ai été anarchiste entre 14 et 19 ans…anarchiste radical je dirai même puisque j’ai été dans un groupe où…c’était dans les années 70-80 donc j’ai côtoyé les membres d’Action Directe à l’époque, donc le changement ne pouvait se faire que par la révolution, en terrorisant le bourgeois quoi. J’ai grandi après, j’ai pris de l’âge et j’ai murit et je me suis un peu embourgeoisé aussi je dois l’avouer par rapport à l’adolescent que j’étais, mais en même temps j’ai compris qu’on ne peut pas changer le monde si on ne convainc pas les gens, on ne peut pas forcer les gens. Pour ça il y a peu de solution pour convaincre, il y a les solutions associatives, sauf que là on n’a pas les clés du pouvoir et donc on est dépendant, comme chaque association souvent, de subventions qui sont données par les pouvoirs eux-mêmes. Donc on est sous le pouce des gens qui dominent et que par ailleurs on cherche à combattre, convaincre. Donc l’autre solution c’est d’accéder au pouvoir lui-même, de changer les choses quand on est aux manettes. Bon ça paraît ambitieux, ça paraît mégalomane, c’est comme ça que ça fonctionne. Je me suis dit pourquoi pas moi ? J’ai toujours eu envie de faire bouger les choses, j’ai toujours été baigné dans un milieu politisé, j’ai qu’une envie c’est que ça change, que ce monde arrête de courir à sa perte si je puis dire, se préoccupe un peu plus d’environnement, de social et surtout plus intelligemment, que l’argent ne soit plus le moteur de la guerre mais que les choses se passent différemment avec une vraie révolution des mentalités, de changement de paradigme. Donc voilà pourquoi je me suis engagé. Pourquoi chez les Verts ? Ça aurait pu être un parti de gauche mais il se trouve que durant ma longue carrière politique, ceux que j’ai combattu le plus âprement ce n’était pas forcément les adversaires identifiés de droite, c’était souvent des partenaires de gauche, et notamment des membres du parti communiste. Je ne veux pas dire que le parti communiste était l’ennemi, loin de là, mais ce sont les moins éthiques pour moi dans leur fonctionnement. Donc je ne pouvais pas rejoindre les partis traditionnels, et il restait les écologistes. J’étais un peu dubitatif, bon j’avais croisé Vincent Gazeilles, c’était quelqu’un de bien, j’avais confiance, mais je me disais que leurs idées n’étaient peut-être pas si radicales que ça, ils me semblaient un peu trop à droite par rapport à ce que je portais, et donc j’ai lu leur programme à l’époque. Et j’ai repéré deux choses qui ont fini de me convaincre :

– c’était leur position sur le conflit israélo-palestinien où en une phrase on peut résumer qu’il faut que cette guerre cesse et Israël est le plus fort, c’est à lui de commencer

– la deuxième c’est que c’est un parti qui se revendique féministe et qui l’est. Ça se voyait au travers des textes que je lisais où tout le texte était genré pour faire en sorte que les femmes et les hommes soient considérés à part égale. Etant féministe de cœur, ça a achevé de me séduire.

 

Ça c’est au niveau du parti, mais au niveau professionnel et personnel est-ce que ça se ressent cet engagement ?

Alors personnel oui, parce que comme 99% des militants écolos ou des membres d’organisations environnementales je vis plutôt en accord avec les valeurs que je défends, c’est-à-dire qu’évidemment je tris mes déchets comme beaucoup de gens, je n’ai pas d’automobile, je n’achète pas de vêtements de marque, je fais attention d’où ça provient, je ne mange pas de nourriture industrielle. Je ne mange pas bio tous les jours parce que je n’ai pas forcément les moyens de le faire mais disons que j’essaie de coller au plus près aux valeurs que je défends dans mon quotidien, dans l’éducation qui est donnée à mes enfants. Aujourd’hui je ne vis plus avec mes enfants et puis ils sont adultes, mais j’ai les enfants de ma compagne, et ma compagne étant elle-même engagée, on a des enfants à qui on donne un sens critique, des valeurs qui sont pas des valeurs de « gagne beaucoup d’argent et consomme », c’est plutôt ‘essaie de choisir ta vie, essaie de faire en sorte de ne pas écraser les autres, essaie de faire en sorte de combattre les discriminations ». Voilà, ça c’est dans le quotidien. Dans mon travail, je travaille dans une ONG environnementale, auparavant j’ai travaillé au cabinet de Dominique Voynet et avant j’ai fait d’autres choses qui n’étaient pas en rapport avec l’écologie.

Cet engagement professionnel, politique et personnel est venu dès lors que vous étiez chez Europe Ecologie les Verts ou c’était déjà présent avant ?

C’était déjà présent avant. Mes enfants ont maintenant 23 et 18 ans, il y a 23 ans j’étais loin d’être chez les écolos et c’était déjà une forme d’éducation donnée aux enfants. Je vais dire une chose qui n’engage vraiment que moi, mais je pense qu’il y a un lien très fort entre les mouvements anarchistes/libertaires et les mouvements écologistes, c’est à dire un désir de transversalité plutôt que de formation pyramidale au maximum, une grande méfiance vis à vis des sources d’informations, ce qui n’est pas forcément le cas dans les autres partis. Et puis j’ai une formation un peu sur le terrain, j’ai travaillé 16 ans à l’assemblée nationale, j’ai côtoyé des députés, du personnel politique, des fonctionnaires de l’assemblée nationale, je l’étais moi-même à l’époque, si on ne se laisse pas prendre au piège de ce miroir aux alouettes, si on reste un peu en retrait intellectuellement par rapport à ça, on apprend des choses on observe des choses et on pourrait basculer dans l’extrême c’est à dire dans le dégoût total de la politique, ça n’a pas été mon cas. Moi je me suis dit, ceux-là ils ne fonctionnent pas comme ils devraient et j’aimerai bien que d’autres personnes soient à leur place et puis après j’ai croisé Vincent, et je me suis dit : j’ai envie d’en être.

Et j’en reviens aux origines, d’après vous d’où vient ce mode de vie, ces valeurs et l’engagement qui en ressort ?

C’est un ensemble, et il y a eu un déclencheur c’est clair. L’éducation oui, mes parents étaient d’un milieu pauvre, ma mère était fille d’immigré arménien, mon père était fils d’une canneuse de chaise qui travaillais sur le marché, qui vivait donc chichement, et il n’avait pas de père, il était décédé en 36. Voilà donc un milieu pauvre où chaque franc compte, donc on fait attention à ce qu’on dépense, on n’achète pas n’importe quoi, on porte les vêtements des grands frères, des cousins, on ne mange pas de la viande tous les jours, loin de là, on fait attention, on a un sens de la réutilisation. Donc ça c’est l’éducation à ne pas gaspiller et à ne pas consommer plus que ce dont on a besoin. Après on ne parlait pas de politique à la maison, mes parents votaient à gauche, ils le disaient mais ils n’avaient pas un engagement formel. Donc voilà, après je suis arrivé au lycée à 14 ans, et ma première journée, mon premier cours d’histoire, en fin de journée c’était un lundi, de 16h à 18h, le prof s’appelait Philippe Maréchal et il démarre en disant « je suis anarchiste ». Et je me dis « tiens, c’est quoi ça ? » et il nous a fait un standing up pendant deux heures en parlant de l’homosexualité, du féminisme, des mouvements politique, de l’histoire, de la publicité, des médias et pendant 2h j’ai entendu quelqu’un qui nous disait quelque chose que je n’avais jamais entendu avant. Quand il parlait des homosexuels il ne disait pas les PD, quand il parlait des femmes, il ne disait pas les gonzesses, quand il parlait des médias, il en disait plutôt du mal. Voilà, il était très critique et surtout il nous disait des choses qui me parlait à moi, c’est à dire que ça touchait à des cordes personnelles : la discrimination, le fait d’être moitié arménien, moitié français, le racisme n’est pas forcément flagrant mais il était perceptible en tout cas, quand il parlait de sexualité, j’avais jamais entendu parler de sexualité à la maison donc quand il parlait d’homosexualité, c’était un tabou qu’il franchissait et où il nous a ouvert les yeux, et ça me touchait personnellement à ce moment-là. Et quand il parlait de féminisme, ça me parlait beaucoup parce que je voyais bien les conditions de vie de ma mère, de mes tantes et de mes sœurs, et je trouvais ça révoltant par rapport au fait que ma mère n’ait pas le droit d’avoir un chéquier, à l’époque c’était encore le cas, mon père lui interdisait de travailler…et là j’entendais un homme qui disait tout ça, donc oui ça a été un éveil immédiat, j’ai commencé à militer dans les semaines qui suivirent. Je pense que de tous les déclencheurs que j’ai pu avoir dans ma vie, Philippe Maréchal, ce prof d’histoire que j’avais en seconde, a été le premier et le plus fort, à donner envie d’être acteur moi aussi.

Quelles sont les impressions que vous retirez de tout ça ?

C’est mélangé, c’est mitigé…je vais commencer par les positives. J’ai été acteur, j’ai été élu local avec une délégation qui était restauration scolaire et l’informatique municipale. Donc j’ai pu réaliser des choses, on est passé de 0 à 50% de bio dans les cantines sans augmentation de prix avec une démarche sociale, donc j’ai pu tester les trois piliers du développement durable et leur fonctionnement. Donc ça c’est positif, ça marche, on peut changer les choses quand on est un élu écolo et qu’on a un Maire qui nous laisse carte blanche pour le faire. La deuxième chose positive c’est le fonctionnement de ce parti, même s’il y a une tendance un petit peu oligarchique, dès que quelqu’un a le pouvoir il aime bien le conserver mais bon c’est une chose normale, il faut le combattre. Mais c’est un parti qui reste transversal, où un adhérent/une adhérente peut arriver et dès le lendemain commencer à travailler au sein d’une commission et mettre en avant ses idées. Pourvu qu’il ne soit pas trop bête et qu’il ait de la matière grise, il va être identifié et doucement faire son chemin. La troisième chose c’est que j’ai rencontré l’amour dans ce parti, mais au-delà de ça j’ai rencontré des personnes qui partageaient les mêmes valeurs que moi, les mêmes idées, les mêmes envies et la même façon de fonctionner, pas à 100% bien sûr, mais ça fait du bien, de ne plus se sentir seul mais qu’il y a un vrai mouvement une vraie force avec soi.

Les points négatifs, il y en a aussi, ils sont plus externes au parti, c’est qu’on a une image dégradée à l’extérieure pour diverses raisons qui sont dues à notre histoire, à certaines de nos figures et en partie à notre fonctionnement. A notre histoire, on est un agglomérat d’associations environnementales au départ dans les années 70/80, et donc ce sont plutôt des personnes qui se sont frottées au pouvoir d’un seul côté de la barrière et qui ont une vision plutôt négative de toute personne qui serait élue. Evidemment ça a bougé un peu dans le temps, surtout depuis 2010 où on a un plus grand nombre d’élus régionaux, mais pour la majorité, être élu ça reste suspect. Ça c’est un frein mais en même temps c’est aussi un garde-fou. Nos figures, certaines de nos figures fonctionnent pour elles-mêmes et non pas pour le parti. Ces quelques figures nous font du mal et on les retrouve notamment quand on est militant terrain et qu’on distribue des tracts sur les marchés, quand on se prend des remarques en rapport avec ces figures, on doit perdre 30 minutes à expliquer aux gens qu’on est pas seulement ou même pas du tout pareils que ces figures. Notre organisation interne… on est un parti qui est pluraliste dans ses courants, c’est à dire qu’on peut avoir une vision un peu différente de la direction et on peut l’exposer, et ça c’est une chose qui à mon avis est utile pour faire avancer les choses, mais qui est en même temps néfaste parce qu’elle permet aussi à certains de se mettre systématiquement en dehors de la majorité pour être systématiquement critique face à la direction du parti, ou de prendre la main sur des exécutifs internes et de verrouiller l’accès à l’information…donc la structure est transversale mais elle présente certaines limites dans le sens où un militant pourra tenter d’être élu mais, arrivé à un certain niveau, ça sera beaucoup plus compliqué pour lui si il ne signe pas de motion. Donc la transversalité n’est pas totale même si elle est plus facile que dans les autres partis.

Donc des impressions mitigées.

Et quelles sont vos impressions au niveau du succès de l’écologie ?

On a tout loupé je dirais, la France en tout cas n’est pas écolo. Les gens trient leurs déchets, ils font un peu attention, voilà, mais parce qu’ils n’ont pas le choix c’est la crise. Vous mettez au travail les quelques millions de chômeurs, vous leur donnez un pouvoir d’achat, et l’écologie ils vont vous faire un bras d’honneur, en disant « je m’en fou j’ai envie de consommer, ça fait des années que je ne peux rien acheter », on n’a pas réussi à convaincre vraiment. Il y a quelques petites choses qui sont dans l’esprit des gens, la peur du nucléaire a pas mal grimpé mais voilà ça n’empêche pas les gens de laisser la lumière allumée quand ils sortent de chez eux. Donc pas assez pour s’engager, et gueuler et signer des pétitions et aller dans les manifs. Ils sont désabusés. On a un gouvernement qui n’est pas écolo, même si on a deux ministres écolos, il ne l’est pas. Je n’ai pas vraiment senti une vraie volonté de faire bouger les choses au niveau du pouvoir. Dans l’opinion publique ou les gens que je côtoie et qui ne sont pas engagés, je ne sens pas vraiment une réelle prise de conscience des enjeux environnementaux…Au niveau mondial, le premier discours de Barack Obama, quand il a été élu la première fois, la première phrase disait qu’en gros il y a la Terre à sauver, j’attends….Je me suis dit le monde va changer, il est noir, il est américain, il est président du monde finalement, il parle d’écologie dès le premier mot…ça n’a pas bougé. Alors peut être que je suis trop radical, mais non je ne crois pas, je crois vraiment que les gens ne sont pas écolos. Il y a juste à sortir dans la rue et voir dans quoi on vit, tous, on n’a pas changé le monde, pas encore. Tout est à faire.

Est-ce que ce changement doit vraiment être fait par la politique du coup?

Plus je prends de l’âge, plus je pense qu’une bonne révolution serait nécessaire, mais la révolution ça veut dire une énorme misère pour une grosse partie de la population, donc ce n’est pas souhaitable. Mais si demain il n’y a pas un vrai politique qui prend les commandes de ce pays, d’une région entière, et qui tape du poing sur la table et qui dit « basta, on arrête les bêtises d’avant et on change de paradigme et on fait autrement », s’il n’y a pas une personne ou un groupe de personnes qui arrivent à le faire, je pense que…

La révolution est-elle réellement possible avec la globalisation et la mondialisation actuelle, qui fait que si un pays fait une révolution, s’il est le seul, il sera totalement exclu ?

Oui évidemment, mais quand même, regardez au Brésil quand un président veut vraiment changer quelque chose, il y arrive. Que dire de plus ?

Quelle est votre expérience avec le développement durable, qu’est-ce que vous en pensez et comment vous le rattachez à l’écologie ?

Ça fonctionne le développement durable. Je vais prendre exemple sur ce que j’ai réalisé moi-même en tant qu’élu local. Délégué à la restauration municipale, ça concerne les cantines scolaires, en gros 5000 enfants qui déjeunent dans 24 cantines et qui ne mangent pas de bio mis à part un menu bio servi par an et les enfants ne le mangent pas parce que le bio ce n’est pas bon. Donc il faut convaincre, il faut tout faire, y compris le personnel de cuisine, qui n’a pas envie de travailler des produits qui lui demandent plus de boulot et ça se comprend. Comment introduire du bio dans les cantines, comment le faire accepter ? Développement durable : 3 piliers, l’économique, l’environnemental et le social. Le personnel de cuisine ne veut pas travailler des produits bios car on ne les trouve rarement tout prêts, prédécoupés, congelés, donc on est obligés de cuisiner avec. Pour ça, ça demande plus de temps, de travail ou un travail qui demande plus de soin, ou les deux. Et donc simplement améliorer les conditions de travail de ces personnes, leur donner des formations valorisantes, voir diplômantes, leur donner un cadre de travail qui soit agréable, aussi bien d’un point de vue immobilier ou mobilier que de management. Donc s’occuper des gens, les former, valoriser ce qu’ils font, au bout d’un moment ces gens se sont mis à m’apprécier et à avoir envie de me faire plaisir, c’est un peu paternaliste, mais ça se voyait. Là où il y avait en moyenne deux absents chaque jour, on descendait à 2 absents en moyenne chaque semaine voir chaque quinzaine, donc l’absentéisme a radicalement baissé. Donc on a pu mettre au point de nouvelles plages horaires, on travaillait toujours le même nombre d’heures, mais certains ont accepté de venir plus tôt, d’autres de finir plus tard. Ça a permis d’avoir du monde sur une plage horaire bien plus grande et de travailler des produits qui demandaient plus de temps. A partir de ce moment-là, on a pu introduire du bio en utilisant des produits qui valent moins chers que des produits non bio. Aussi, on renégocie les tarifs avec les fournisseurs en leur disant qu’on va leur acheter plus de bio donc ils peuvent baisser leur prix etc. etc…en deux ans on est passé à 50% de bio. Donc le pilier social, quand on s’occupe vraiment socialement des gens, on peut après commencer à voir le pilier économique et environnemental pour les faire travailler en convergence vers un seul objectif.

Donc c’est possible de concilier les trois piliers du développement durable, et c’est même indispensable pour que ça fonctionne.

Mais je remets quand même en cause le pilier économique, on voit bien que toute entreprise quelle qu’elle soit, et ce n’est pas forcément un but en soi, une envie de malfaisance, mais un chef d’entreprise, quelqu’un qui cherche à monter sa boite, il n’a qu’une envie c’est de dépenser le moins possible dans ses produits et de les vendre le mieux possible, au prix qui lui rapporte le plus possible. Donc cette vague de mondialisation, enfin ce n’est pas de la mondialisation, c’est qu’on a réduit en esclavage la moitié de l’humanité. Quand on voit que des femmes et des enfants travaillent à l’autre bout de la planète pour 5 euros par mois, et que moi je porte un tee-shirt qui a été fabriqué je ne sais où, on devrait avoir honte, mais comment avoir honte quand on est un chef d’entreprise et qu’on se dit voilà « moi aussi faut que je vive ». Je ne parle pas des multinationales, je parle des entreprises de petite ou moyenne envergure, et il arrive un jour où elles se retrouvent face à la concurrence, qui est effroyable, et elle n’a souvent pas le choix de délocaliser leur production. Donc l’argent étant le nerf de la guerre, et celui-ci domine le monde, il y a des tas de choses à faire, comme combattre les paradis fiscaux par exemple. Les multinationales qui font tourner le monde et qui ont des filiales dans des paradis fiscaux, ça devrait être interdit par une loi toute simple, surtout que ça ne leur rapporte pas grand-chose sur la totalité de ce qu’ils gagnent.

J’ai jamais aimé l’argent de par mon passé anarchiste évidemment, mais pas que, mais là on est arrivé dans un système qui est en train de s’effondrer. Je pense que vous et moi et tous les autres on est en train d’assister à la décadence de l’Europe au niveau économique puisque l’économie dirige le monde. Après on a un président oui, mais face aux chefs d’entreprise et face au monde de la finance qu’est-ce qu’il représente….bah il représente le pouvoir de faire voter des lois en fait, et je pense que ça, il l’oublie un petit peu. Voyez Lula par exemple, même si je ne suis pas fan de ce type. Je pense qu’il nous faut des gens comme ça, des gens qui sachent où ils veulent aller, qu’ils aient une vraie volonté, qu’ils soient peut-être durs. Donc il faudrait beaucoup réguler l’aspect économique du développement durable, après il faut le faire de manière intelligente. Je suis pro-européen donc je ne vais pas aller contre ce que l’Europe essaie de construire, mais en même temps l’Europe construit parfois des choses qui font peur, du point de vue des libertés individuelles notamment. On aurait eu besoin d’un président qui dise non enfin, qui refuse parfois ce qu’acceptent les autres. Donc l’Europe devrait réguler l’économie. Moi je pense qu’on ne peut pas préserver le modèle, il faut le refaire, mais je suis clairvoyant et ce n’est pas demain qu’on va changer le modèle, donc on peut, par des gestes forts et symboliques, souvent symboliques, parler à une population et faire monter dans l’esprit des gens une autre vision et faire changer les choses.

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