opportunisme ou féminisme ?

Causette (sous titré « le magazine plus féminin du cerveau que du capiton ») : Fondateur, Greg Lassus-Debat, Directeur de la publication : Grégory LASSUS-DEBAT

Bridget (sous titré « Parce que le féminisme n’est pas un gros mot ») : Directeur de la publication : Frédéric Truskolaski

Gleeden (sous titré : « Le 1er site de rencontres extraconjugales pensé par des femmes ») : fondateurs, les frères Ravy et Teddy Truchot

Les Femen : Groupe activiste créé et dirigé par Victor Svyatski

Aujourd’hui, long papotage avec Sophie Gourion et Catnatt au sujet du leader des Femen. La question de Catnatt étant : « au nom de quoi, ça nous dérangerait que ça soit un mec qui dirige les #Femen ? ».

Au nom de quoi… ?

Je pense qu’un homme peut être féministe. Vraiment. Je crois l’être. Je sais que j’ai encore parfois des atavismes sexistes, mais quand on me met le nez dessus je les corrige définitivement je crois.

Donc un homme peut être féministe. Mais la question n’est pas là. Si un homme est féministe, peut-il légitimement diriger un groupe d’activistes féministes ? J’ajouterai pour ma part : « peut-il légitimement diriger un magazine féministe ? ». Pour moi, diriger un magazine féministe c’est comme diriger un groupe d’activistes féministes. On a le droit de vie et de mort sur un article/une action, on choisit qui peut ou ne peut pas faire partie de l’équipe, on donne des axes, des orientations, on fait des choix. On décide.

Ça me parait étrange, le moteur de la pensée féministe étant la lutte contre le patriarcat, c’est aller à l’inverse  de ses opinions que de se soumettre à l’autorité d’un homme pour les défendre.

Il ne s’agit pas ici d’une entreprise classique ou d’un groupe d’activistes banal. Il s’agit de féminisme. Il s’agit de donner à réfléchir à toute la population. Il s’agit de donner un exemple.  Quand un homme dirige un service où ne travaillent que des femmes, on a tendance à penser qu’une fois encore, le patriarcat est à l’oeuvre, l’homme dirige, la femme (le) sert. Je n’irait pas jusqu’à comparer l’équipe de Causette ou de Bridget à un supermarché, mais ça y ressemble. Le contact avec le client est fait par des femmes, des caissières, le reste, les emplois à responsabilité, mieux rémunérés, sont tenus principalement par des hommes.

Bref, je ne vais pas développer outre mesure, vous aurez compris que ces situations m’insupportent.

Le cas Gleeden :

Gleeden est un site de rencontres extra-conjugales. Il se dit « pensé par des femmes ». Mettons. Admettons qu’en effet, il est possible qu’au delà de l’idée de ce site, son équipe créatrice ait été composée de femmes. Qu’elles aient décidé de tout. De la façon dont on s’y abonne jusqu’à la façon dont tout y est géré. Mais il n’en reste pas moins que ce site fait la fortune de ses inventeurs, deux hommes.

Ici, le concept est plus clair. On rassure la cliente. On lui laisse entendre qu’elle n’y risque rien, que les hommes sont là pour elles, que des femmes ont validé le concept. Des femmes, oui, peut-être. Je dirai plutôt, les employées de Gleeden. Parce que ça m’étonnerai que les patrons du site aient accepté des idées susceptibles de ne pas aller vers une audience maximum. Ils ont certainement refusé des choses. Et ils ont certainement sélectionné une bonne partie de l’équipe féminine qui y travaille.

Comment aider le féminisme si on est un homme (si on est pas une femme quoi…) ?

Ben voilà, le mot est lâché : aider. Aider n’est pas diriger. Aider c’est financer, donner du temps, partager des idées, des expériences, participer, etc.

Mais aider, ça n’a jamais été diriger les opérations.

Pour les malcomprenants, voici les 23 synonymes d’aider (source L’internaute) :

« appuyer, assister, concourir, contribuer, coopérer, dépanner, encourager, épauler, faciliter, favoriser, participer, permettre, pousser, prêter, profiter, réconforter, rendre, repêcher, seconder, secourir, soulager, subventionner, venir. »

Non, il n’y a pas « diriger ». C’est confirmé

Parmi les 29 synonymes de diriger (« acheminer, administrer, aiguiller, animer, barrer, canaliser, centrer, commander, concentrer, conduire, dominer, expédier, gérer, gouverner, guider, inspirer, manoeuvrer, mener, organiser, orienter, piloter, planifier, pointer, porter, présider, régenter, régir, tenir, tourner. ») , il y en a un qui en résume bien le sens : DOMINER.

Bon, tout ça ne nous dit pas le pourquoi de cette « vague » féministe dirigée par des mecs.

Mon avis, c’est que ça rapporte. Sinon, je vois pas. Parce qu’un homme, s’il est vraiment féministe, ne va pas faire ce genre de trucs.

Gleeden a rapporté 10 millions de 
dollars (7,7 millions d’euros) de chiffre d’affaires en 2011

Frédéric Truskolaski, le patron de Bridget, grâce a ses différents titres de presse (Gossip ! , Showbiz, Oulala ! , People addict… En tout une trentaine de publications, pour des tirages allant de 60 000 à 100 000 exemplaires)  se serait versé 150 000 € de rémunération en 2011.

Causette : meilleure progression de vente entre 2011 et 2012 (+44.1%), diffusion totale payée 2012 : 54.657 exemplaires/numéro.

Les Femen : je vous laisse juges: http://femenshop.com/

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8 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Perline dit :

    Merci pour ce rappel indispensable, et qui s’étend à de nombreux domaines : quand une lutte est reprise et dirigée par ceux qui pratiquent ce qu’elle combat, c’est qu’elle rapporte de l’argent.
    Il en est ainsi du féminisme dans des structures dirigées par des hommes, comme de la lutte pour l’environnement dirigée par des industries polluantes.
    Le greenwashing commence à être connu, le femiwashing pas encore.

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  2. @AnneMarie
    J’ai vu que le garçon était comment dire ^^. C’est plus la question de principe qui m’intéressait

    @Diane

    Si je suis sensible au discours de Christine Delphy, j’ai tout de même l’impression que la réalité est quelque peu différente. Pour prendre l’exemple de l’esclavage, je peux reprendre (assez bêtement je le reconnais puisque cela a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux) l’exemple de Victor Schoelche ou de Lincoln qui étaient blancs mais contre l’esclavage et grâce à qui les choses ont incontestablement évolué. Mais j’entends tout de même le discours de Delphy et je suis assez d’accord sur le principe.

    Mais.

    Mais pour répondre à la première partie de ton commentaire, je ne crois pas que les choses évoluent en excluant les autres. On n’en finit pas de saluer l’oeuvre de Martin Luther King, je ne suis pas sûre qu’il en sera de même sur les black panthers. Qui a réellement fait évoluer les choses ? Je n’ai même pas la réponse. Je pense tout de même les deux tendances nécessaires.

    Qu’un(e) blanc(he) soit à la tête d’Amina, je ne crois pas que je serais choquée. Intriguée probablement. Mais votre position c’est de dire « il est interdit qu’un blanc soit à la tête d’Amina ». Ca me dérange prodigieusement. Si tu préfères, je penche pour le mouvement naturel qui fait qu’effectivement on va plus penser à un(e) black pour diriger Amina. Mais poser un principe aussi radical et fin de la discussion, je ne peux pas suivre.

    En tout cas pour répéter encore et encore la même chose, ça m’interroge. (mais je t’écoute hein ? 🙂 )

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    1. François Soulabaille dit :

      Je me dis qu’on se méprend les uns les autres.
      Il n’est pas question d’exclure les hommes de leurs rôles de dirigeants. Mais il y a des cas particuliers. Là, c’est particulier.
      Je zappe le cas des Femen qui sont finalement un gros pipeau du sexisme mercantile (C’est mon avis et je ne le discute pas^^) pour revenir sur la presse féministe :

      Le mec qui est directeur de la publication, c’est bien lui qui décide au final de ce qu’on publie ou non. Et ça c’est dominer.

      Comme par exemple Lincoln ou Schoelscher qui ont mis en oeuvre des lois contre l’esclavage, ils ont utilisé leur position dominante pour libérer d’autres êtres humains. Mais si par exemple tu prends le cas de Lincoln (je t’invite à lire ceci http://www.etaletaculture.fr/histoire/abraham-lincoln-ou-lart-et-la-maniere-de-bien-cacher-son-jeu/) tu verras que « La déclaration d’abolition de l’esclavage signée par Lincoln ne concerne que les États du Sud. Sur plus de 3 millions d’esclaves que comptent les États-Unis, ce ne sont donc qu’à peine 200.000 d’entre eux qui recouvrent leur liberté »

      Quand aux droits civiques, à la ségrégation, etc. il a fallu attendre encore 1 siècle.

      Donc voilà : C’est forcément difficile d’être au maximum du féminisme quand on est un homme. Il y aura toujours un moment où tu hésiteras, o tu diras « non, là c’est too much quand même ». Et ces moments là, une femme risque moins d’y être sensible.

      (Attention, je ne parle pas de sincérité, ni d’intégrité. Je crois que rien ne remplace l’expérience vécue. Personnellement on ne m’a jamais traité comme on traite les femmes. Je suis féministe par apprentissage théorique et observation quotidienne, pas par expérience quotidienne depuis ma naissance.)

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      1. Au départ, je te rappelle que je parlais d’organisations féministes (radicales). Ce n’est pas moi qui ai fait glisser le sujet. Mais il n’empêche que normalement seules les compétences comptent; Au même titre, les quotas sont un mal nécessaire. Mais ça reste un mal. C’est ça qui me gêne dans votre truc.

        Par exemple, je pense sincèrement que tu es un bien meilleur féministe que moi. Si on montait une organisation, je pense que tu serais plus à même de la diriger que moi. Comme quoi… 😉

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  3. Diane S. dit :

    @catnatt pour faire une analogie qui te semblera peut-être choquante mais qui ne l’est pas tant que ça, de quel oeil verrais-tu le fait qu’un-e blanc-he soit à la tête du CRAN ou du magazine Amina, par exemple? Est-ce que ça ne te semblerait pas perpétuer des schémas où le dominant ( ou privilégié si tu préfères, ce qui n’est pas une insulte mais un état de fait, les blancs sont favorisés par rapport aux noirs, ça n’en fait pas systématiquement des racistes, et de la même manière les hommes sont privilégiés par rapport aux femmes, sans pour autant être tous sexistes, évidemment) des schémas donc où le dominant est .. dans une position de domination? Il ne s’agit pas de dire que les nanas sont trop connes et se rendent pas compte ou sont victimes à leur insu, non, mais le fait est que la hiérarchie reste celle qui est en pratique partout : l’homme en haut, et les femmes en dessous… Par ailleurs, sur la non-mixité, je te cite Christine Delphy, dans « Un universalisme si particulier » :
    La pratique de la non-mixité est tout simplement la conséquence de la théorie de l’auto-émancipation. L’auto-émancipation, c’est la lutte par les opprimés pour les opprimés. Cette idée simple, il semble que chaque génération politique doive la redécouvrir. Dans les années 1960, elle a d’abord été redécouverte par le mouvement américain pour leurs droits civiques (le droit de vote), qui, après deux ans de lutte mixte, a décidé de créer des groupes Noirs, fermés aux Blancs. C’était, cela demeure la condition pour que leur expérience de discrimination et d’humiliation puisse se dire, sans crainte de faire de la peine aux bons Blancs; pour que la rancœur puisse s’exprimer, et elle doit s’exprimer; enfin pour que l’admiration que les opprimés, même révoltés, ne peuvent s’empêcher d’avoir pour les dominants, les Noirs pour les Blancs, les femmes pour les hommes, ne jour pas pour donner plus de poids aux représentants du groupe dominant. Car dans les groupes mixtes, Noirs-Blancs ou femmes-hommes, et en général dominés-dominants, c’est la vision dominante du préjudice subi par le groupe dominé qui tend à… dominer. Les opprimés doivent non seulement diriger la lutte contre leur oppression, mais auparavant définir cette oppression elles et eux-mêmes. C’est pour(quoi la non-mixité voulue, la non-mixité politique doit demeurer la pratique de base de toute lutte; et c’est seulement ainsi que les moments mixtes de la lutte, car il y en a et il faut qu’il y en ait, ne seront pas susceptibles de déraper vers une reconduction douce de la domination. »
    I rest my case

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  4. lordphoenix dit :

    Je me demande aussi s’il n’y a pas un autre biais derrière ça : on pousse plus (dans le sens modèle éducatif) les H vers le business et entrepreneuriat que les femmes. Il est donc plus probable que ce soit un homme qui «tente le coup» de faire du business la dessus quel que soit l’honnêteté de ses idées.

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  5. Rapidement parce que j’ai vraiment du boulot :p

    Je comprends tes arguments et encore une fois, je suis dans l’interrogation, je n’ai pas d’opinion pr l’instant. Mais le principe de cette conversation, c’était que vous étiez trois à m’expliquer que non, non, non, une organisation féministe ne peut être en aucun cas diriger par un mec.

    J’ai bien lu ton billet et je comprends encore une fois ton point de vue MAIS

    Je ne suis toujours pas convaincue parce que et je vais probablement faire hurler, c’est quelque part prendre les nanas pr des débiles.

    Il y a quand même sous entendu ds ce principe que des nanas dirigées par un mec seront fatalement sous domination masculine à l’insu de leur plein gré comme si il n’y avait qu’isolées des hommes qu’elles pouvaient pleinement fonctionner dans leur propre intérêt, de façon autonome.

    C’est bizarre quand même. Ya quelque chose qui me dérange dans tout ça.

    Je ne sais si je suis claire.

    Dès lors qu’un mouvement fonctionne par exclusion, je ne sais pas, ça me fout mal à l’aise. Vous avez l’air si sûrs de vous. Et je comprends encore une fois parfaitement vos arguments mais pour moi, c’est très manichéen quand même.

    (je marche sur des oeufs, t’as vu ?)

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