Je viens de lire un beau texte de l’écrivain Abdelwahab Meddeb sur Amina Sboui, la jeune tunisienne qui avait fait scandale en mars en publiant des photos d’elle seins nus à la manière des Femen,  arrêtée le 19 mai après qu’elle eut peint « Femen » sur un muret proche d’un cimetière à Kairouan pour port d’une bombe lacrymogène.

Bon, évidemment je soutiens Amina Sboui, mais je m’interroge sur ses défenseurs. Servent-ils la cause féministe ?

L’auteur ne cite pas le nom de famille d’Amina. Pour lui elle reste un prénom. Ce travers sexiste est à noter.

Et puis surtout l’auteur nous dit ceci :

« De l’image d’Amina aux seins nus se dégage une étrange proximité avec le portrait de Gabrielle d’Estrées et d’une de ses soeurs, le fameux tableau de l’école de Fontainebleau, « blonde, dorée, d’une taille admirable, d’un teint d’une blancheur éclatante » : autant de traits qu’Amina a en partage avec l’amante d’Henri IV. Le poète baroque Agrippa d’Aubigné (1552-1630) lui attribue un grand rôle politique, c’est elle qui aurait poussé le roi à signer l’édit de Nantes, destiné à apaiser la guerre des religions et à instaurer la coexistence des croyances ; il dit aussi de son image aux seins nus : « C’est une merveille comment cette femme de laquelle l’extrême beauté ne sentait rien de lascif. » On peut porter le même jugement sur Amina en réponse à ceux qui assimilent sans discernement la mise à nu au sexe. »

Donc, Si Amina Sboui avait été trop vieille, trop grosse, trop laide, mal foute, imbaisable, un boudin, un cageot, un repoussoir à mecs, si elle avait eu les seins en gants de toilette, si elle n’avait que 2 petits pois sur une plaque de tôle, si elle avait eu des vergetures, bref, si elle n’avait pas correspondu aux critères de beauté fixés par une norme masculine depuis des millénaires, cet écrivain (doué) l’aurait-il défendu ainsi ?

De quoi parle-t-on ? S’agit-il de soutenir une femme parce qu’elle est jolie ou s’agit-il de féminisme ?

j’ai bien peur pour l’avenir du féminisme si la seule image médiatique qu’on lui propose c’est celle de jeunes femmes torse nu. On se rapproche doucement de la morale de l’oiseau dans la merde :

L’OISEAU DANS LA MERDE

C’était l’hiver. Un homme marchait sur le chemin, sa vache allait devant.

Soudain il aperçoit un oiseau à demi mort de froid dans la neige. L’homme prend l’oiseau délicatement, le fourre dans sa veste pour le réchauffer.

Au bout d’un moment, l’oiseau reprend vie. Inquiet de se sentir emprisonné, il commence à se débattre. Il risque de se casser pattes et ailes.

Devant l’homme, la vache lâche une bouse épaisse et fumante. Alors l’homme prend l’oiseau et le dépose au milieu de la bouse chaude, puis il s’en va.

L’oiseau, libre, revigoré, picore quelques graines dans la bouse et, de joie se met à chanter.

Un renard l’entend qui vient, croque l’oiseau.

MORALITE :

Quand quelqu’un vous met dans la merde, ce n’est pas forcément parce qu’il vous veut du mal.

DEUXIEME MORALITE :

Quand quelqu’un vous sort de la merde, ce n’est pas forcément parce qu’il vous veut du bien.

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